Antonin Trilles, d'Ajaccio à Bangkok !

Salut Antonin, nous avions « perdu ta trace » à l’issue de la saison 09/10 lorsque tu gardais les buts du GFC(O)A, quel a été ton parcours depuis ?

Apres avoir quitté le Gaz en Juin 2010, j’ai signé dans la foulée à l’US Marignane, en CFA, où malgré une belle équipe et une structure sérieuse, sportivement ca ne s’est pas bien passé car on avait tèes mal débuté la saison. On s’est séparés à la trêve de Noël 2010. C’est alors que j’ai entendu parler de l’Etoile FC, club français de Singapour champion en titre, qui cherchait un gardien. Le challenge était vraiment intéressant, et la difficulté à trouver un club en CFA-National en Décembre, qui plus est pour un gardien, m’ont décidé à relever le défi. J’y ai fait une bonne saison et le fait d’avoir été capitaine m’a offert une bonne exposition. Mais ce championnat ne m’attirait plus, d’autant plus que le club avait des soucis financiers. Etant en Asie, le championnat Thai m’attirait : un très bon niveau, des stades remplis, et des salaires très intéressants. D’autant plus que le foot Thai regarde beaucoup ce qu’il se passe à Singapour. J’ai donc réussi à décrocher un essai qui s’est avéré concluant, et la belle histoire avec Bangkok United commençait.

Une belle aventure car nous avons rempli l’objectif du club, qui était la montée en TPL, et car j’ai aussi fait une très belle saison, couronnée par le titre de meilleur gardien du Championnat décerné par la Fédération Thai de Football la semaine dernière. J’ai été décisif à plusieurs reprises cette saison et j’ai aidé mon club et mes coéquipiers à réussir l’objectif. Grâce au super travail quotidien effectué avec mon coach des gardiens, un grand monsieur du football Thai. Cette distinction fait chaud au cœur car j’ai eu quelques moments difficiles dans ma carrière, et j’ai sans cesse réussi à rebondir en ne lâchant rien. Mais je ne compte pas m’arrêter là. Une belle saison nous attend encore, plus exigeante et plus relevée.

 

 

Dans quelles circonstances es tu arrivé à Bangkok ?

Déjà avant la fin de la saison à Singapour j’étais en contact avec des agents thai en vue de me placer là-bas, mais les graves inondations qui ont touchées Bangkok à l’automne 2011 ont retardé le championnat et donc les décisions des clubs, etc. J’ai fini à Singapour fin Novembre et suis donc rentré en France pour les vacances et faire des essais en Europe, tout en gardant la Thaïlande dans un coin de ma tête. Le championnat thai s’est terminé mi-janvier, un agent thai m’appelle 28 Janvier pour être à l’entrainement le 1er Février pour un essai avec Bangkok United, gros club de 2éme Division qui a pour objectif la montée, avec des structures et des moyens très élevés. Je saute dans un avion, je fais un essai de 15 jours face à 2 autres gardiens étrangers et le club me choisit le 15 février 2012, avec un contrat d’1 an + 1 an en cas de montée.

Quel est le niveau de ce championnat, y a-t-il beaucoup d’étrangers ?

Pour ce qui est des étrangers, les clubs ont un quota à respecter en 1ere ou 2eme division.

7 sous contrats, 5 sur la feuille de match et 3 sur le terrain titulaires ( 4 titulaires si un des 4 est issu d’une fédération de l’AFC). Ca oblige le coach a des choix importants au niveau des étrangers sur le terrain. Il ya beaucoup de Brésiliens, d’Africains, Coréens et Japonais.

Le championnat de 2eme division dans lequel je jouais cette année est du niveau du National, mais à 2 vitesses. Nous étions 5 équipes à jouer la montée toute l’année, jusqu'à la 33eme journée rien n’était décidé ! Toutes les autres équipes jouent les trouble-fête , et souvent les clubs représentent une région de la Thaïlande, ils sont donc très suivis et beaucoup de monde vient au stade pour les voir battre un gros club de la division !

Pour le championnat de 1ere division, la Thai Premier League (TPL), que je rejoins donc la saison prochaine avec Bangkok United, là le niveau est largement supérieur dans tous les domaines, que ce soit au niveau sportif, financier, marketing etc. Beaucoup de clubs n’ont rien à envier à beaucoup de clubs de Ligue 2, et le niveau va en augmentant toutes les années avec l’arrivée de joueurs étrangers de bons club européens et de sponsors plus puissants.

Tu n’es pas le seul français au sein de l’effectif je crois ?

En effet , nous étions 3 français dans l’effectif cette année. Romain Gasmi, milieu de terrain formé à Lyon et ancien professionnel à Strasbourg, et David Pierre, formé a Auxerre. C’était leur deuxième saison dans le club, ca a beaucoup aidé mon intégration au club. Ce sont 2 excellents joueurs, Romain est la vraie star du club, il est capitaine et a mis 17 buts encore cette année, il mériterait vraiment qu’un club français ou européen jette un œil sur ce qu’il fait. David lui est défenseur central, un excellent joueur avec un gros physique.

 

 

Quel est le réel engouement des Thailandais autour du football ?

L’engouement pour le foot est énorme en Thaïlande. Ils adorent la Premier League anglaise et comme beaucoup de fans, ils aiment leur club à la folie, le soutienne et s’investissent à fond Même si c’est le continent asiatique, avec une culture différente, ils sont très chauds ! Chants, cris, tifos, et aussi les débordements qui vont avec, bagarres, jets de projectiles etc… Quand on est joueur on adore se sentir poussés et évoluer dans des ambiances chaudes, ca booste ! Nos supporters ont été incroyables toute l’année, ils n’ont pas hésité à faire jusqu'à 15 h de bus pour nous voir, même en semaine, ils prennent sur leur congés, nous rejoignent à l’hôtel après les matchs, etc. Les clubs font aussi beaucoup pour les fans, ils savent que le développement du football passe par attirer du monde dans les stades. Au niveau global, la moyenne de spectateurs en TPL est de 7000, 3500 en 2eme division.

 

Ton adaptation s’est elle bien passée ?

Mon adaptation s’est super bien passée. La culture thai est très différente de celle de Singapour. Singapour est tres marquée par ses origines chinoises, donc timides, froides et réservées. Mais la Thaïlande est beaucoup plus ouverte, souriante et spontanée.

La vie y est bruyante, chaude, comme chez nous dans le Sud !

Pour ce qui est de la vie quotidienne, la vie est beaucoup plus simple en Asie qu’en France, pour toutes les démarches administratives, les factures, la recherche d’appart, il y a pas beaucoup de contraintes… D’une part ma femme est venue directement avec moi, donc elle m’a beaucoup aidé et soutenu, et d’autre part, mes premières performances et la présence de 2 joueurs français m’ont beaucoup aidé. Dans le football si l’on ne montre pas sur le terrain que l’on peut vous faire confiance, même si vous étés le plus gentil du monde l’intégration et l’acceptation sera difficile.

La langue est une barrière, et il faut faire l’effort de parler quelques mots rapidement pour pouvoir montrer son désir d’intégration. Les Thai sont les plus gentils du monde, mais ils sont très fiers. Et quand on est étranger dans un pays c’est a nous de faire l’effort de s’intégrer, une fois que l’on fait cet effort ils nous le rendent a 1000%. La Thaïlande est surnommé « le pays du sourire », et c’est vrai ! Pour le climat, 35° toute l’année, seulement 1 mois de pluie, qui s’en plaindrait !

 

Tu as donc évolué 1 saison dans les rangs du Gazélec , quel souvenir en gardes tu?

Je n’en garde que des bons souvenirs, aussi bien avec mes coéquipiers, le staff et les habitants, notamment mes anciens propriétaires, la famille Bastelica.

Mon arrivée s’est fait rapidement. J’avais eu un dirigeant de Martigues au téléphone, et celui-ci m’annonce que son ami Patrick Léonetti au Gaz recherche un gardien. Il lui soumet mon profil, Leo me rappelle dans la journée, on discute du projet du club au téléphone et j’ai ensuite traité avec Christophe Ettori. Le projet était emballant, le challenge perso était très engageant , j’ai très vite donné mon accord.

Une anecdote drôle, je me souviens qu’on jouait souvent à toucher la transversale à la fin de l’entrainement au CREPS à Mezzavia. Celui qui perdait payait le goûter. J’ai pas perdu souvent mais je me souviens avoir perdu un jour ou cela avait été très long à désigner le perdant. Tout le monde était très excité, et ils se sont rattrapés sur le goûter, ca m’avait couté un bras . Je crois que c’était le record de l’année !

Mon plus grand regret est de ne pas être monté avec le club cette année-là. Nous méritions tellement d’accéder au niveau supérieur . Ils l’ont fait plus tard, c’est beau.

 

As-tu toujours des contacts avec des coéquipiers de l’époque ?

Oui, et merci Facebook ! C’est pratique pour suivre les amis, les résultats, envoyer un message de temps en temps, mais aujourd’hui ils n’en restent plus beaucoup de mon époque : Rodé Filippi, Antho Colinet, Loulou Poggi, Alex Castel et Christian Martin..

J’ai aussi des contacts avec Johnny, l’intendant du club à qui j’envoie des messages régulièrement et Paul Massimi, je sais qu’ils me suivent de loin.

Ils sont très précieux au club comme René, Didier, Charly, Mario etc.

 

Un autre ancien coéquipier qui lui, est toujours en Corse, je veux parler de   Magno Novaes que tu as côtoyé en Arles lors de la saison 07/08, parles nous un peu de lui ?

Magno c’est mon ami. Pour moi tout ce qui lui arrive est résumé en une seule phrase : il le mérite. Je l’ai connu à Arles, il a fait forte impression tout de suite, même avec 7-8 kilos de trop ! ( il pourra pas le nier ! ). Il a pas mal galéré sportivement et personnellement avant d’arriver là où il est. En plus d’être fort, il travaille. Donc c’est normal de le voir évoluer à ce niveau là, et c’est un homme de cœur, gentil. Donc le voir réussir dans un tel club, ca ne m’étonne pas.

 

Indépendamment du foot, que retiens tu de ton séjour en Corse, que t’en reste t-il  ?

Il ne m’en reste que des bons souvenirs et je n’y ai laissé que des amis, aussi bien dans le foot que dans la vie. C’est un terre de fierté et d’humilité, où le respect de quelqu’un se mérite. Je pense et j’espère avoir gagné le respect de pas mal de gens, même si je n’y vis plus aujourd’hui, et de ça j’en suis fier. La Corse et le Gaz ont une âme.

 

Aurais tu aimé poursuivre plus longtemps l’aventure ?

Oui j’aurai aimé y poursuivre ma carrière et aider le club à remonter, mais je ne regrette pas ma décision d’être parti. J’étais parti en vacances à Arles en laissant toutes mes affaires chez moi à Balisaccia, le club comptait sur moi. Mais la proposition du club a tardé car il devait gérer le cas du changement de staff. Cette proposition tardive, accompagnée de l’annonce que le club signait un autre gardien, m’a poussé à prendre cette décision. Le sportif était plus important que le financier. J’ai été franc avec Olivier Miniconi et Christophe Etorri et leur ai annoncé que je ne continuerai pas. Ma décision était risquée pour moi mais je l’ai prise. On était le 23-24 juin et le temps pressait. Je me suis mis alors à la recherche d’un autre club, et l’US Marignane s’est présenté une semaine plus tard.

 

Aujourd’hui, est ce que tu suis toujours l’actualité du GFCA ?

Je suis le GFCA bien sûr, je regarde tous les résumés de matchs et vais jeter un œil sur le forum du club de temps en temps. C’est un club qui compte pour moi. J’ai même suivi l’affaire avec la Ligue qui n’a pas voulu homologuer Mezzavia il y a 15 jours !

 

Que penses tu des 2 dernières saisons qui viennent de s’écouler, mais surtout comment vois tu le reste de la saison ?

Pour ce qui est des 2 dernières saisons, je retiens surtout le caractère et la volonté de ne rien lâcher des joueurs. Les débuts de saison n’étaient pas bons, mais les joueurs ont su relever la barre et remonter au classement. Une fois en haut, ils n’ont rien lâché. Même avec la professionnalisation et le changement de regard sur le club, je vois les même dirigeants sur le terrain ou au bord que lorsque nous étions en CFA. C’est ca qui garantit l’âme et les valeurs du club. Le parcours en Coupe de France l’a montré.

Pour cette année de Ligue 2, le classement ne reflète pas les qualités de l’équipe et des joueurs. Ce sont juste des détails à régler, et le retour à Mezzavia va permettre de remédier au manque de rigueur et de repères des joueurs. Je vois le Gaz terminer 12 ème en obtenant un maintien tranquille, autour de 50-53 points.

 

Un message en direction, de quelqu’un en particulier au sein du club (et) ou des supporters ?

Merci pour la belle année passée parmi vous, et je vous souhaite le meilleur, le club et les supporteurs le méritent. Un bonjour particulier à Paul Massimi, Charly, Didier, René, ce vieux salopard de Johnny, Loulou Poggi, Colino, Rodé le monstre de Mezzavia, le Joyau de Mezzavia Alex Castel et la famille Bastelica.

 

Enfin pour conclure, comment vois tu la suite de ta carrière ?

Suite à la montée de Bangkok United et mon prix de meilleur gardien de la saison, le club m’a proposé une prolongation. La durée est en discussion mais mon avenir à moyen terme se situe en Asie. J’ai réussi à acquérir une bonne réputation ici, à moi de la conforter et de prouver encore ma valeur. Ma fille qui va naitre en Décembre sera heureuse de grandir ici. Pour le retour en Europe, on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve…

CorseFootball . 5 Novembre 2012.